31.01.2010
sang et cendre (1)
Il se servit un café, chercha sa montre, c'était le deuxième jour de l'année, la neige tombait en abondance.
Discrètement il sortit un des caméléons du vivarium et le posa sur son épaule droite, il regarda un instant l'enfant qui dessinait tout en parlant, assis à ses côtés à la table de la cuisine . En petits morceaux, le bois brûlait dans la cheminée, ses jambes croisèrent sous la table les pieds de l'enfant, chaque amour devrait être ainsi se dit-il, en sentant les pattes du caméléon s'agripper à son tee-shirt, une brisure de verre entrant dans la peau avec lenteur, une pointe de glace creusant son sillon d'où s'écoulerait une goutte de sang, une seule. Il aimait bien cet animal que Noll lui avait offert avec son jugement sans appel, tu ressembles à ça, un caméléon capricieux, tiens prends-le, c'est pour toi, vis avec lui et tu comprendras.
De la cendre attendait d'être jetée, dans un panier à côté de la cheminée, il évalua rapidement le poids de cette cendre, trop lourd pour la faire porter à l'enfant, le rythme du caméléon balançait sur sa peau, l'enfant s'agitait avant de s'asseoir,c'est l'heure dit-il, j'ai mis la montre, c'est le deuxième jour de l'année, le feu tient encore, quand tu reviendras il y en aura encore de la neige et du feu dans la cheminée, quelqu'un va venir, oui, je ne sais pas encore qui, mais tu verras bientôt.
Il tourna la tête vers la lenteur du caméléon dont la queue formait une spirale, il l'attrapa et le remit dans son vivarium .
Une seule goutte de sang suffirait à me faire aimer cette putain de vie, pensa t-il, avant de se tourner vers l'enfant.
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27.01.2010
sang et cendre (2)
La neige formait des petits paquets sur les branches. Dehors sous leurs yeux la neige coulait lentement et le silence portait chaque flocon jusque sur le rebord de la fenêtre de la cuisine où le regard de l'enfant s'arretait.
Papa demanda Nils, est-ce que les caméléons ils voient la neige aussi?
Non je ne crois pas, répondit Jon, ils ne la voient pas la neige, mais ils sentent la différence de température. Si on les met dehors ils meurent.
Bon. Va t'habiller maintenant s'il te plaît. On va être en retard chez grand-père.
L'enfant fit une grimace.
Un silence lourd entouré de miroir se déployait dans la maison. Une présence aux odeurs de parfum lentement agonisante, flottant entre les rubans d'atomes et de poussière qui se bousculaient dans les escaliers,
ça sent encore maman ici, dit l'enfant.
La neige sur les branches dehors. Pourquoi est-ce que je dois aller chez grand-père? Je préfèrerais aller skier. Oui mais tu sais bien que je travaille demain.. C'était convenu comme ça, tu sais bien, dit Jon en prenant l'enfant sur son dos pour le monter dans sa chambre; et il y aura tes cousins aussi. Tu les aimes bien tes cousins quand même. Oui bof bof, oui .
La neige comme un chant d'espérance persistant sous le soleil, l'enfant parti chez son grand père pour 5 jours en attendant le retour de Noll; Noll en voyage en Crête pour aller faire des photos, c'est son boulot et elle est toujours ailleurs.
A son retour il attendra qu'elle décide. Quoi faire maintenant de leur vie. Pour décider alors de la sienne, avec ou sans l'enfant.
Les affaires rangées à la hâte dans le sac à dos. Ne pas oublier cette espèce de lapin gris qu'il traîne depuis tout petit avec lui, le bras ballant on pourrait le réparer quand même. Avec du sparadrap (3ème tiroir dans la salle de bain) non pas le deuxième le troisième, oh! regarde ce que j'ai trouvé papa! la petite pièce des légo que j'avais perdue, celle du château fort. Super importante pour le pont-levis, dit l'enfant en souriant, qu'est ce qu'elle fait là ? dans le tiroir des sparadraps?
Justement tiens, on répare le lapin, et avant de partir on range les légos. Tu as bien fait d'en parler des légos, on va pas les laisser en tas comme ça.
Et tous ces papiers cadeau qui trainent, allez Hop! à la poubelle.
Les détritus de nos existences civilisées, nous vivons comme des chiens, il faudra bien le dire, sur cette rive unique, avec une si grande difficulté à se détacher de l'ombre et du soleil. Ce que nous amassons, ce qui nous porte ombrage, ce destin que nous léguons à nos enfants. Tous ces papiers.
Ah non pas le bleu.
Et pourquoi?
Il a des pouvoirs magiques. il brille la nuit. Regarde il y a des étoiles.
C'était le cadeau de maman. Bon bon d'accord, tu gardes ce que tu veux.
Le sac est prêt. Sur le dos de l'enfant. Le lapin dans la main droite. Silencieux, réparé. Papa, tu fais le chameau?
Oui, je vais faire le chameau, allez monte.
Depuis le départ de Noll
Depuis le début de la neige
il avait dû faire le chameau 3 ou 4 fois pour amuser l'enfant,
rangé des affaires éparses,c'est à dire les déplacer d'un endroit à un autre,
et lu chaque soir le livre des souris que l'enfant adorait.
En fermant la porte de la maison, il entendit le lapin lui glisser à l'oreille "tu sais je t'aime papa".
Il chercha sa clef de voiture, trouva sa montre, c'était le deuxième jour de l'année la neige tombait toujours, il se retourna vers l'enfant et lui dit "moi aussi je t'aime, je t'adore même".
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25.01.2010
Pa tombé Haïti

image source: http://www.livreshebdo.fr/
Dans le blog de l'éditeur Gaspard Nocturne, des nouvelles de l'auteur Haïtien Jean Saint Vil et un poème de ce même auteur à lire pour découvrir cette écriture haïtienne "Je veux des mots debout", un cri qui résonne fort et qui portent tout l'espoir d'un peuple,
"des mots courage
pour contrer les affronts
d'un peuple
champion du monde
de la misère crasse."...
merci Gaspard de nous faire partager ce poème inédit.
09:41 Publié dans carnet perso. | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



