24.06.2009
la saison des labours
(Wyatt/comic opera)
double fleur en calice
un
filet glacé
arrache de son bec
les pétales tombés
dans le bol de thé
La vie, au lieu de cendres
des pétales
de soie humide
qui jamais ne s'enracineront dans la terre
Au lieu des retours comme je t'aime
à la lisière de chaque buisson
le pas des chevaux
est pétri
de lumière
Que signifie écrire?
le lilas est déjà fané
j'ai reçu un petit livre
où écrire signifiait mourir
Changer d'écrire
trop de dits
de bémol
d'ornements
de bijoux chambres obscures
où s'enfonce
nu
le grenat de nostalgie
qui avance lentement
vers le sud
Le merle a trafiqué un peu
dans les buissons du clair de lune
un peu d'herbes et d'étoiles
et encore des -et -et -des puis-
et moi j'ai trafiqué
les notes
des barbares
puis
les étoiles ont mis leur habit de licorne
que signifie encore écrire?
je me souviens avoir un jour
respiré avec eux
en me demandant quel chemin
menait à l'écriture?
était-ce une chambre obscure
un amour mort
la défloraison du lilas
ou voyager de branches
en branches
en apprenant l'alphabet des corneilles
je ne saurais le dire.
18:42 Publié dans carnets de l'Oisans | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
23.06.2009
Daniel Maximin
Icare Dévolu
A tout poète
sept fois merci
pour oser t'avancer sans déplacer le monde
et combattre les murailles avec des graffitis
exposer ta présence
entre l'enclume et les maîtres du marteau
pour songer à ta dette envers toute solitude
pour apprendre à la chair à démasquer sa peau
pour éclairer les soleils blessés
et nourrir de ta nuit l'intérieur de l'avenir
sept fois merci
poète
horizon vertical
(Daniel Maximin, L'invention des Désirades, coll.points Poésie, Le Seuil)
18:58 Publié dans littérature ,poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22.06.2009
blitz
Il m'est arrivé souvent de dire la vérité. Presque toujours même. Que les autres mentent m'importe peu. Cela ne m'intéresse pas. Je n'en tiens pas compte. Parfois je devine les mensonges, je les sens, je sais et ne suis pas dupe. Et face à ces mensonges qui ne sont qu'illusion, moi je reste dans cette attitude naturelle que j'ai toujours eu, ça ne me touche pas plus que cela. Or un jour je me suis mis à mentir. A faire comme les autres. A raconter n'importe quoi. Le mensonge a creusé son chemin, et là j'ai compris qu'il était partout. Qu'il envahissait notre vie , que nous portions des sacs de mensonges sur le dos comme du charbon que l'on remonte de la mine. Il suffisait d'inventer, de faire croire, de se faire croire à soi même des choses et c'était si facile. Comme si nous étions destinés à ça, il n'y avait rien à apprendre, tout était donné et à portée de mains. A portée de bouches et les mots mensongers prenaient leur place, comme des fanatiques, s'infiltraient dans les baisers et les caresses, et même dans le partage du pain posé sur la table , à coté duquel, nous, mineurs de fond, avons jeté notre sac. Avec le mensonge , je suis passée à l'heure exacte par une porte que j'ai refermée derrière moi et me suis dépouillé de mon nom et de tout ce qui faisait mon enfance joyeuse et détachée, je n'ai plus entendu le vent passer sur les peupliers des jardins, j'ai dédaigné le pain posé sur la table, et suis retourné à la mine. La plupart des étoiles s'éteignaient la nuit, mais à travers les failles de la pierre il y en avait une, brillante et silencieuse comme un petit poème qui s'est infiltrée dans mon âme.
21:24 Publié dans carnets de l'Oisans | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note




